Michel Kaham : « Le Mondial 1982 était la cerise sur le gâteau »

Né le 1er juin 1951 à Bafang, Michel Kaham a connu une carrière très riche à la fois comme joueur et comme entraineur. Passé entre autres par Tours et Valenciennes en France, il était un des éléments clés des Lions Indomptables lors de leur première participation au Mondial en 1982 en Espagne. Il présente logiquement ce Mondial en terre ibérique comme  le plus grand accomplissement de sa carrière. Michel Kaham s’est aussi taillé une grande réputation de formateur à travers les services rendus à la Kadji Sport Academy depuis plusieurs années. Les moments passés dans le staff technique de la sélection camerounaise, notamment lors du Mondial Etats-Unis 1994 peuvent être présentés comme les plus inoubliables de sa carrière d’entraineur. Il a accepté de partager quelques anecdotes de sa riche carrière, dans « Confidences d’Anciens ».

Quels sont les joueurs qui vous ont le plus posé de problème pendant votre carrière ?

En tant que joueur, il y avait Kakoko (Emmanuel Kakoko Etepé, NDLR) au Zaïre. Lorsqu’on jouait les fameux matches Cameroun-Zaïre à l’époque, c’était mon vis-à-vis, il était virevoltant. C’est le joueur qui, je pense, m’aura donné le plus de problème. En Coupe du Monde, c’était autre chose mais je préfère me limiter aux duels entre pays africains. Cameroun-Zaïre, ça a toujours été pour moi des matches très enlevés. Mais je dois quand même parler d’Aziz parce que pour le match Cameroun-Maroc   qui nous qualifiait pour la Coupe du Monde en 1982, il y avait Aziz en face de moi, qui était un ailier virevoltant, plein de talent. Il avait tout ce qu’il fallait pour embêter un défenseur. J’avoue qu’avec lui, au match aller à Kenitra comme ici, ça avait été très compliqué.

Quel est le joueur le plus méchant que vous avez connu ?

Méchant ? Je ne peux pas dire que j’en ai rencontré. C’est un terme un peu poussé. Je ne pense pas avoir rencontré pendant ma carrière un joueur méchant au sens premier du terme.

Et le joueur le plus drôle que vous avez côtoyez ?

Drôle ? En équipe nationale, Abéga Théophile avait cette faculté de souffler à l’oreille pour qu’on dise ce qu’il pense. Il passait parfois par Roger (Milla) qui était la grande gueule. Face au Ministre ou un autre responsable, il allait souffler par derrière : « dis les primes », « dis ceci… » Abega était très intelligent et la caisse de résonnance qui était Roger sortait le grand mot. Il le pensait, il le chuchotait et vous le proclamiez bien haut sans que lui, ne soit affiché. Voilà l’intelligence d’un joueur.

A quel moment vous êtes-vous senti le plus fort ?

Vous savez, on ne peut que partir de la plus grande compétition que l’on a faite. La Coupe du Monde 1982. Personne ne peut dire qu’il est né en rêvant d’aller en phase finale de Coupe du Mode. Donc, le temps fort de ma carrière, ça ne peut être qu’en 1982 en Espagne. Arrivé à ce stade de la compétition, vous vous donnez un nom pratiquement à vie, c’est-à-dire que vous êtes dans le gotha de ceux qui  ont eu la chance – parce qu’il faut avoir la chance – d’arriver à ce stade de la compétition au niveau mondial. C’est une référence indéniable qui restera comme le plus grand accomplissement de ma carrière.

Est-ce qu’on peut dire que c’est le moment qui a changé votre carrière ?

Changer ? Non parce que j’étais pratiquement au bout  mais c’était vraiment la cerise sur le gâteau.  C’était le summum. On y arrivait pour la première fois de l’histoire du football camerounais et je crois que pour tout un chacun, c’était un rêve.

C’est donc quoi le moment qui a changé votre carrière ?

Le moment qui a changé ma carrière, c’est quand je pars du Canon pour l’Europe. J’avais raté le BAC parce qu’on m’avait emmené en Chine en 1974 pour une tournée qui, au lieu de faire deux semaines, avait fait finalement deux mois. Et à dix jours du BAC, on m’a fait rentrer. J’ai raté la deuxième session du BAC à l’époque et sur un coup de tête, je suis parti pour l’Europe. Et là, j’ai commencé ma carrière. Ça peut être le virage qui m’a fait partir et là, j’ai enchainé avec Valenciennes, Tours en première division en France, la Coupe du Monde et les Etats-Unis. Donc, c’était un virage dû à un échec scolaire.

Avez-vous des regrets ?

Aucun regret. Je pense qu’à un moment de la vie, il faut prendre un cheminement. J’étais admis à l’INJS sous réserve du BAC, j’ai raté le BAC, je suis parti. Je n’ai vraiment aucun regret. J’ai pris ma voie et je pense que l’expérience que j’ai vécue à l’international m’a tellement enrichi. Dans ma tête, j’ai fait le tour du Monde si bien que vraiment, je ne peux avoir aucun regret.

Quelle est la plus grande fête à laquelle vous avez eu à participer après un match pendant votre carrière ?

C’était en qualification pour la Coupe du Monde. Je pense qu’après le match ici contre le Maroc, la nuit qui a suivi, vous êtes sur une autre planète, vous êtes en extase pendant toute une nuit, tout le lendemain, à rêver de quelque chose que vous n’avez jamais pensé. « Je vais jouer la Coupe du Monde ». Pour moi, j’ai connu cette nuit de qualification contre le Maroc. Maintenant, en tant qu’entraineur, il y a des choses énormes. Les qualifications pour la Coupe du Monde 94  aux Etats-Unis, je me souviens qu’il y avait sur le banc, Nseke Léonard, moi-même et Sadi Jean-Pière. Il y avait un match crucial contre la Guinée en Guinée. On était au coude à coude et il fallait absolument gagner ce match là pour espérer aller à la Coupe du Monde aux Etats-Unis. L’avion  devait atterrir dans la nuit à Conakry, mais parce qu’il y avait un vent très fort, le pilote décide plutôt d’aller à Dakar. Il nous pose à Dakar et il nous dit, on va dormir ici et le lendemain, on met le cap sur Conakry, parce qu’il fait un mauvais temps. Le Ministre (des sports) Mansuado Bernard qui était en fonction à l’époque dit qu’il ne descend pas de l’avion, que c’est un coup monté avec les africains de l’Ouest, pour nous éliminer, on doit dormir à Conakry. Le pilote de dire : moi j’ai un avion à piloter, on ne peut pas, il y a un mauvais temps. Finalement, les joueurs sortent de l’avion et le Ministre reste seul dans l’avion. Je crois que l’ambassadeur et le pilote, ont finalement pu le flatter, il était avec le fameux magicien, un gars de Léopard à l’époque, ils ont pu nous rejoindre. On a dormi donc à Dakar et le lendemain, on a voyagé pour Conakry pour le match. Et c’est en atterrissant à Conakry qu’on s’est rendu compte que l’avion passe entre deux collines et qu’en mauvais temps la nuit, c’est risqué d’atterrir à Conakry en temps de pluie. On a donc compris pourquoi on était obligés de se poser plutôt à Dakar.

Est-ce qu’il y a une anecdote de votre carrière que vous n’avez jamais racontée ?

C’est quand j’étais entraineur. Ce même match à Conakry. On avait demandé  aux joueurs venant d’Europe (Bell, Kana-Biyick, Pagal…), de prendre  en charge leurs billets d’avion et qu’on les leur rembourserait lorsqu’ils arriveraient. Pendant les quatre jours qui précédaient la rencontre, on ne l’a pas fait. Et c’est le jour du match, à dix heures que le Ministre se présente pour dire que l’argent n’était pas disponible et que c’est au retour, à Yaoundé qu’on règlerait les billets d’avion. Et les joueurs de s’énerver en disant : On est là depuis trois jours ensemble, vous nous dites que tout va bien et c’est maintenant à trois heures du match que vous nous informez que c’est plutôt au Cameroun que nous recevrons l’argent des billets d’avion. Le Ministre Mansuado dit aux entraineurs que nous étions (nous étions trois) : on suspend Bell, Pagal et Kana-Biyick, qu’ils ne jouent pas ce match-là. Il sort et il s’en va. On est à trois heures d’un match capital. Nous les entraineurs, on se concerte et on décide d’aller contre l’avis du Ministre. On aligne ces joueurs-là. Je me souviens, un journaliste que je ne citerai pas ici nous avait dit : Vous osez aller contre l’avis du Ministre ? Vous allez voir. Nous avons demandé qu’il fasse une suspension écrite pour que le peuple sache qu’on a suspendu ces joueurs, on ne  le prend pas sur nous. On gagne ce match-là 1-0 et on se qualifie. C’est quelque chose que je n’ai jamais raconté mais c’est  du vrai. Pour dire qu’à un moment donné, il faut du cran pour être à certains postes.

Quel est l’arbitre que vous avez le plus apprécié durant votre carrière ?

Tout le monde parle du fameux Kamdem Stanislas. Mais là, j’étais encore à mes débuts au Cameroun. Pour moi, il est difficile de citer un, deux ou trois. Mais lui, c’est la référence de notre époque.

Quel est le meilleur entraineur que vous avez connu ?

Par égoïsme, je vais citer Jean Vincent. Parce qu’il nous a amenés à la Coupe du Monde, parce qu’on n’a pas perdu en Espagne. Donc, je le cite comme ça de mémoire pour lui rendre hommage aussi.

Et votre stade préféré ?

C’est Mfandena. Pour moi c’est le stade mythique. On y a fait tellement de choses qu’il reste mon stade référence.

Quelle était votre idole ?

Franz Beckenbauer. C’est mon idole de tous les temps. L’efficacité mais l’élégance en même temps.

Vos mentors

Si je suis à la Kadji Sport Academy, ça veut dire que depuis que je suis rentré au Cameroun, j’ai eu la chance d’être sur un bon cheval qui m’a entretenu jusqu’au jour d’aujourd’hui. Ce que beaucoup n’ont pas eu la chance d’avoir dans leur reconversion. Donc, en premier, c’est monsieur Kadji Gilbert.

Par Wiliam Tchango

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

Rang PaysPts
1Maroc11pts
2Cameroun11pts
3Malawi5pts
4Comore5pts