Enow Ngachu (DG ANAFOOT) : « Si les Lionnes ne traversent pas le deuxième tour au Mondial, ce sera une grosse déception »

L’actualité Lionnes séniores, en préparation pour la Coupe du monde ne saurait laisser indifférent celui-là qui lui a bâti cette formation en plus d’une dizaine d’années passées cumulativement à la tête des différentes sélections féminines. Carl Enow Ngachu aujourd’hui reconverti à la formation de la relève, croit aux chances des pouliches d’Alain Djeumfa qui ont tout selon lui pour faire mieux qu’au dernier Mondial au Canada en 2015. Dans une interview exclusive accordée au magazine « Lion Indomptable », le DG de l’Académie nationale de football (ANAFOOT) revient aussi sur le sacre des Lions U17 en en Tanzanie, ne cachant pas ses éloges sur ce qu’il considère comme étant la victoire des petits centres de formation. Il déploie pareillement les initiatives que sa structure engagera d’ici peu pour un meilleur déploiement du football des jeunes au Cameroun.

Quel est votre sentiment après le sacre des Lions U17 en Tanzanie ?

« Déjà, j’ai un sentiment de joie, parce que ça fait plusieurs années qu’on n’avait pas remporté une Coupe d’Afrique U17. Maintenant il faut avouer que contrairement aux années antérieures, cette équipe a bénéficié de beaucoup de temps pour mieux se préparer, cela a commencé avec Diallo Siewe de regrettée mémoire, les tournois de Montaigu, puis l’UNIFFAC, le tournoi Semences Olympiques, le tournoi à Antalya, la phase d’acclimatation du côté du Rwanda et la CAN proprement dite. C’est le lieu de féliciter les autorités qui pensent à mettre les moyens pour la préparation des jeunes à des compétitions importantes comme la CAN »

Ne faut-il pas en faire plus pour mieux structurer et organiser le football jeune au Cameroun ?

« On va certes féliciter la Fecafoot et l’Etat pour les efforts consentis, mais ça ne suffit pas car il faut désormais revoir l’organisation du football jeune au Cameroun. Vous êtes sans ignorer que le football jeune ne se joue pas au Cameroun, ce sont les mécènes qui essaient de regrouper les jeunes à travers des tournois, et je pense qu’il faut un accompagnement conséquent, car c’est eux qui se battent sur le terrain pour qu’on puisse avoir ces enfants. J’ose croire qu’avec ce trophée, en plus de la participation au Mondial au Brésil, les choses vont changer. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la réaction du président de la Fecafoot ainsi que du nouveau DTN, qui ont mis un point d’honneur sur l’attention particulière qui sera désormais accordée au football jeune. Ce trophée va à coup sûr galvaniser les autorités afin qu’ils accompagnent efficacement ces jeunes qui aspirent à être des footballeurs »

N’est-ce pas le lieu aussi de louer les efforts de ces petits centres de formation qui travaillent dans l’anonymat?

« Je pense que l’État à lui seul ne peut pas tout faire, il faut toujours l’apport des mécènes et là je pense à toutes ces structures qui s’échinent au quotidien pour que le football jeune puisse exister. Je ne souhaite pas qu’on soit pessimiste, je suis confiant que ce trophée va ouvrir beaucoup de portes. D’ailleurs, la Fecafoot en a pris l’engagement. A notre niveau, nous avons déjà envoyé des correspondances à la faîtière pour leur signifier de l’organisation par l’ANAFOOT d’un tournoi national des U15 où doivent prendre part les 10 régions, soit 250 jeunes à raison de 25 joueurs par équipe régionale. C’est notre contribution au développement du football jeune. À côté de cela, nous souhaitons qu’il y ait aussi un véritable championnat pour que ces jeunes puissent s’exprimer, et ce ne sont pas des formules pour l’organiser qui manquent. »

Quels doivent être les ingrédients pour une bonne préparation des U17 avant la coupe du monde ?

« Déjà il faudra attendre l’issue du tirage au sort pour savoir dans quelle poule on sera situé. A partir de là, il revient à l’entraîneur de mettre en place un programme de préparation en l’adaptant au style de jeu de nos adversaires. Il faudra maintenant un bon accompagnement pour une préparation optimale car la coupe du monde est plus difficile que la coupe d’Afrique. Ce n’est pas parce qu’on a gagné qu’on va dormir sur nos lauriers, alors même que les équipes qu’on a battu à la CAN et qui sont qualifiées vont nous prendre de cours. Vous vous souvenez qu’en 2003 on était sorti au premier tour tandis que le Nigeria était allé beaucoup plus loin. Il faut donc qu’on se prépare de manière conséquente. Mais la vrai satisfaction, ce serait de voir au moins une dizaine de ces enfants plus tard en sélection première »

L’ANAFOOT est-elle un début de solutions pour le développement du football jeune au Cameroun ?

« L’ANAFOOT à elle seule ne peut pas tout faire, il y a plusieurs centres de formation à travers le pays qui font un travail remarquable, c’est d’ailleurs le lieu de les féliciter et de les encourager à continuer. Lorsque vous regardez la composition de cette équipe U17, on voit une multitude de centre à travers le pays et il est difficile de voir 3 joueurs issus d’un même centre. Ça veut dire qu’il y a un travail de fond qui est fait par ces bénévoles. À côté d’eux, nous apportons juste notre modeste contribution à l’œuvre qu’ils ont entamée et je pense que nous sommes sur une bonne lancée. C’est vrai qu’on a l’avantage d’être une structure étatique implantée dans les dix régions, mais tous ensemble, contribuons au développement du football jeune en particulier, et du football camerounais en général. »

Quelle est l’actualité de l’ANAFOOT depuis le deuxième regroupement annuel ?

« Nous sommes en train de travailler sur les nouveaux programmes que nous allons mettre en œuvre dans les prochains jours, notamment la formation des jeunes arbitres. On a déjà pris attache avec la Fecafoot pour qu’on arrête ensemble un bon programme avec les responsables du domaine, nous préparons d’ailleurs une convention dans les jours à venir avec le comité national olympique, la Fecafoot, l’INJS, et plusieurs autres structures »

Pourquoi se pencher sur la question de la formation des jeunes arbitres ?

« Nous avons remarqué que pendant les tournois jeunes, ce sont les arbitres de l’élite qui dirigent les matchs, pourtant ce ne sont pas les mêmes sensations. Et même au niveau de l’élite, nous pensons qu’on peut mieux faire à l’avenir. Si très tôt nous commençons à former des jeunes arbitres, il est clair qu’en élite, on aura un meilleur rayonnement de ce noble corps de métier, et ils seront beaucoup plus représentatifs à l’international qu’ils ne le sont aujourd’hui. C’est pourquoi penser à la relève dans l’arbitrage est aussi une question importante sur laquelle l’ANAFOOT a décidé de se pencher. C’est pourquoi nous comptons accompagner la Fecafoot dans ce sens en mettant sur pied une école pour l’apprentissage de l’arbitrage dédiée aux jeunes de moins de 20 ans, et cela sera effectif dès ces vacances »

On vous a vu dans la tanière des Lionnes il y a quelques jours. Êtes-vous allé les encourager ?

« Rire…D’entrée de jeu je vous dirais que c’est un match amical entre l’ANAFOOT et les Lionnes Indomptables qui a justifié de ma présence à Mbankomo. J’ai trouvé là-bas une équipe qui est encore en train de se préparer, et qui n’est pas encore en place. J’ai également remarqué que cette équipe manque encore beaucoup de concentration, le staff technique a bien voulu que je leur dise un mot d’encouragement »
Croyez-vous en cette équipe au moment où elle s’apprête à aller à la conquête du monde ?
« Moi je crois en cette équipe, car elle peut faire mieux que ce que nous avons fait en 2015. Je le dis parce qu’on a eu à jouer contre la Nouvelle Zélande en 2012 lors des jeux olympiques. Franchement, avec tout le respect qu’on a pour ces équipes, elles ne sont pas mieux que nous. D’ailleurs, la Nouvelle Zélande nous avait marqué trois buts sur balles arrêtées, contrairement à nous qui avons marqué un but sur combinaison. On a vu le Canada joué en 2015, la Hollande aussi. On était en Chine et avons remporté le match face à la Croatie qui est l’une des meilleures équipes au monde, on a remporté contre la Suisse aussi. Je pense au regard de toutes ces observations qu’en dehors de la France, nous n’avons aucun complexe et pouvons rivaliser avec toutes les équipes européennes »

Pensez-vous que cette équipe pourra faire mieux qu’en 2015 ?

« Sincèrement c’est la première fois qu’une équipe féminine au Cameroun a ce temps matériel pour bien se préparer. Quand je regarde le cheminement, il y a eu le tournoi COSAFA, puis la CAN au Ghana, ensuite le tournoi en Chine. Actuellement en stage, elles mettront ensuite le cap sur l’Espagne avant de chuter en France. Moi je n’ai pas eu cette occasion. Avant la coupe du monde en 2015, nous nous sommes contentés des matchs amicaux ici avec des équipes masculines et des centres de formation. Et même quand nous sommes allés au Canada à la veille de la compétition, nous n’avons pas eu droit à un seul match avec une sélection nationale. Donc, j’estime qu’avec les moyens que l’État met, cette équipe doit aller plus loin que ce qu’on a fait en 2015. C’est vrai que le football n’est pas une science exacte, mais sincèrement, si cette équipe ne traverse pas le deuxième tour, ce sera une grosse déception car cette équipe à tout ce qu’il faut pour aller au-delà de ce qu’elle a fait en 2015 »

Par Sylvain Kwambi

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

Rang PaysPts
1Maroc11pts
2Cameroun11pts
3Malawi5pts
4Comore5pts