Consultant en Markéting et Communication et fin connaisseur du football camerounais, il évalue les chances de réussite de Seydou Mbombo Njoya, élu le 12 décembre 2018 à la tête de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT). Pour l’invité de Lionindomptable, les obstacles sont tellement importants qu’il serait difficile d’espérer un quelconque changement sous l’ère du nouveau patron du football camerounais.

 

La Fédération Camerounaise de football a un nouveau président depuis le 12 décembre 2018. Doit-on à la fin pousser un ouf de soulagement, tant la crise au sein de l’instance faitière du football camerounais a été à la fois longue, intense et éprouvante ?

Si vous avez un parent pris en otage depuis plusieurs années par une maffia, et vous apprenez que suite à des affrontements entre bandes, il est maintenu en captivité mais chez d’autres ravisseurs, pousserez-vous un ouf de soulagement ? Moi non. Le problème de la FECAFOOT n’est pas de réaliser une alternance entre clans de la maffia du foot camerounais, mais plutôt de libérer notre foot de l’emprise de rapaces qui ne sont intéressés que par la perspective de se servir de l’argent du foot pour s’enrichir indument.

Depuis le 12 décembre 2018, la FECAFOOT a un nouveau président une fois de plus mal élu. Car, au-delà des nombreuses entorses qui ont été faites aux textes pour aboutir à cette élection, l’esprit et le climat dans lesquels l’ensemble du processus électoral de la FECAFOOT s’est déroulé étaient malsains. Les règlements de comptes, la fourberie et la corruption ont régné tout au long de ce processus électoral, et de tels ingrédients ne peuvent régler aucune crise dans aucune association.

Ce que vous appelez « crise au sein de l’instance faîtière du football camerounais » est aujourd’hui l’état normal de la FECAFOOT, d’où la succession de Comités de Normalisation. La FECAFOOT, c’est le Cameroun en miniature, avec une gouvernance dominée par la corruption, l’impunité, l’inertie, les impostures et les intérêts égoïstes. La « crise » à la FECAFOOT est fondamentalement éthique, et les crises éthiques ne se résorbent pas sans des hommes éthiquement forts, un profil quasi inexistant dans le microcosme footballistique actuel de notre football.

 

Concertation sur la crise au sein de la Ligue de Football Professionnel du Cameroun (LFPC), tenue de la première réunion du Comité exécutif de la Fédération. Tels sont quelques actes majeurs posés par Seydou Mbombo Njoya depuis son installation. Peut-on dire qu’il a réussi son entrée dans la tour de Tsinga ?

 

Au Cameroun, nous sommes à l’ère de la gouvernance par la parole, et je peux donc comprendre que l’organisation d’assises pour parler soit considérée comme une entrée réussie pour un président de fédération sportive. Mais depuis plusieurs décennies, tous ceux qui ont dirigé la FECAFOOT ont tenu des réunions de concertation, des réunions de Comité Exécutif, des séminaires, des Congrès, des Assemblées Générales, et si toutes ces rencontres faisaient partie de la réussite, on le saurait, et la FECAFOOT ne serait pas au point zéro comme aujourd’hui.

Si on médiatise à ce point de simples réunions qui devraient faire partie de la routine banale dans une organisation, c’est qu’il n’y a pas autre chose à présenter pour prouver l’efficience de son action. Quand vous lisez l’objet et les missions de la FECAFOOT, vous ne pouvez pas parler « d’entrée réussie » en faisant allusion à des assises dont les résolutions sont relativement floues, parfois très discutables, et souvent inopérantes. D’ailleurs, le ministre des sports et de l’éducation physiques est obligé d’intervenir dans des affaires qui sont du ressort de la FECAFOOT, comme le litige au sein de Dynamo de Douala, ou les modalités de démarrage des championnats professionnels.

Est-ce réussir son entrée à la tête de la FECAFOOT que d’ouvrir largement la porte aux ingérences du gouvernement dans les affaires de la Fédé ?

 

Quels sont selon vous les principaux défis auxquels Seydou Mbombo Njoya doit faire face durant son mandat de quatre ans ?

 

Sait-on encore ce qu’est un défi au Cameroun ? Si « défi » signifiait toujours quelque chose dans notre pays, l’échec de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun constituerait-il un non-événement en très haut lieu comme on le voit ? Un défi suppose une grosse volonté, un engagement ferme, une implication de tous les instants, et, en cas d’échec, une auto-sanction inéluctable, et la soumission en toute responsabilité à la punition prévue. Lorsque Seydou Mbombo Njoya regarde autour de lui au sein du Comité Exécutif, et qu’il y voit les « crabes » qu’il décriait en 2013 ; quand il réalise que la FECAFOOT a été dirigée par des imposteurs pendant un demi mandat ; que les comités de normalisation ont laissé des casseroles dans ce que vous appelez « la tour de Tsinga », et tout cela impunément, quels défis voulez-vous qu’il se donne ?

Quels défis peut-on se donner quand on a des gens à récompenser pour son « élection », et des instructions à prendre chez ceux qui vous ont fait roi ? Le président actuel de la FECAFOOT tient-il vraiment les manettes de sa gestion pour penser qu’il peut se donner des défis ? En réalité, je pense que ses principales préoccupations seront de démontrer qu’il est légitime à ce poste, et qu’il en détient tous les leviers.

 

Voyez-vous le nouveau président de la FECAFOOT être à la hauteur de cette lourde tâche qui l’attend ?

Je ne pense pas qu’intrinsèquement il lui manquerait les capacités physiques et intellectuelles pour assumer la fonction de Président de la FECAFOOT. Mais gérer la FECAFOOT aujourd’hui n’a rien à voir avec le management au sens orthodoxe du terme, compte tenu de l’écheveau juridique qu’elle est devenue, des malversations comptables et financières accumulées en son sein, des tares comportementales qui s’y sont installées, des nombreuses interférences qu’elle subit de la FIFA, des pouvoirs publics, de ses partenaires et d’individus influents, ainsi que de l’image désastreuse qu’elle s’est construite dans l’opinion.

Le nouveau président de la FECAFOOT aurait des qualités de messie que je resterais sceptique sur l’efficience de son action, car ce dont la FECAFOOT a besoin, c’est plus d’une prise de conscience collective de son état comateux que d’un messie, pour penser sa guérison.

Quelle est la touche qu’il devrait apporter notamment dans la gestion de l’équipe nationale fanion ?

Le niveau d’amateurisme dans la gestion des Lions Indomptables fanions est tel qu’il ne suffirait pas de petites touches d’un président de la FECAFOOT même très inspiré, pour redonner à cette sélection son lustre d’antan. Comme le foot camerounais dans son ensemble, il faut avoir le courage de tout remettre à plat dans les Lions Indomptables pour rebâtir sur des bases plus saines et plus solides.

Entretien mené par Wiliam Tchango

 

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