Tribune des légendes

Nepomnyashchy raconte son aventure lions indomptables 90 et Roger Milla

Nepomnyashchy lions indomptables du cameroun

« J’avais sous mes ordres des joueurs de grand talent. Tout ce que j’avais à faire, c’était de les laisser s’exprimer. »

A 72 ans, l’entrainneur soviétique des lions indomptables 1990 est encore en activité. Instalé en Sibérie, il tente de faire remonter le Tom Tomsk en première division russe. C’est au micro de FIFA.com qu’il raconte son aventure du mondial 1990 en Italie avec Roger Milla et sa bande. Le Cameroun était alors la première nation à atteindre les quart de finale d’une coupe du monde. Valeri Nepomnyashchy se raconte.  

M. Nepomnyashchy, comment s’est déroulée votre première prise de contact avec le Cameroun ?

Franchement, à mon arrivée, j’ai été choqué par la mentalité camerounaise. J’avais reçu une éducation soviétique très stricte et je n’imaginais même pas que des gens puissent être aussi peu organisés. On me répondait sans arrêt qu’on s’occuperait de tel ou tel problème « demain ». Mais quand exactement ? À quelle heure ? Je n’avais pas l’habitude de travailler sans un programme clairement établi.

En outre, vous ne parliez pas français. Qui s’occupait des traductions ?

Mon interprète était un jeune homme du nom de Galius. Malheureusement, il n’avait jamais étudié la langue russe. Plus jeune, il s’était entraîné avec le boxeur russe Stanislav Stepashkin et il avait appris quelques mots. Il parlait russe comme je parlais français, en fait ! (rires) En plus, il adorait le football. Quand je voulais faire passer mes consignes pendant les matches, je devais littéralement l’arracher à sa contemplation. Il était totalement absorbé par ce qu’il voyait. Je l’appelais de toutes mes forces, mais il ne m’entendait pas.

Roger Milla a marqué quatre buts pendant la phase finale d’Italie 1990 après avoir intégré le groupe au dernier moment. Quel rôle avez-vous joué dans son retour en sélection à 38 ans ?

Pratiquement aucun. Après le parcours en demi-teinte du Cameroun en Coupe d’Afrique des Nations en mars 1990, les médias ont commencé à évoquer la nécessité d’un retour de Roger Milla en équipe nationale et d’un changement de sélectionneur. Nous étions en stage de préparation pour la Coupe du Monde en Yougoslavie quand on m’a fait savoir que le président de la République lui-même avait demandé à Milla de revenir. Personnellement, ça ne me posait pas de problème, alors il a pris l’avion et il nous a rejoints. Le lendemain, il était à l’entraînement. Il est entré en jeu à 20 minutes de la fin du match pour l’équipe des remplaçants et, sur son premier ballon, il a battu deux défenseurs avant de marquer. Je l’ai appelé et je lui ai dit qu’il n’avait pas besoin de continuer car j’en avais vu assez. Il a tout de même tenu à finir le match. Mon seul mérite a été de trouver un plan d’action afin de nous assurer qu’il serait prêt pour le tournoi. Il fallait aussi réfléchir au meilleur moyen de l’utiliser. Je lui ai dit qu’il ne pouvait pas jouer la première mi-temps contre des défenseurs en pleine forme. Il aurait été épuisé au bout de 20 minutes. Il m’a répondu : « D’accord, coach. Je ferai ce que vous voulez ».

Le match d’ouverture contre l’Argentine reste à ce jour l’une des plus grosses surprises de l’histoire du tournoi. Quel est le secret de votre exploit face aux champions du monde de Diego Maradona ?

Nous avions mis la main sur les 15 dernières minutes d’une séance d’entraînement argentine. Les joueurs ont remarqué que Maradona et ses coéquipiers avaient l’air de prendre tout ça à la légère. Les Camerounais en ont conclu que les Argentins ne les respectaient pas vraiment. Alors, nous avons décidé d’opter pour un jeu plus physique.

Ce match est effectivement devenu une véritable bataille rangée. Deux de vos joueurs ont même été exclus. En assumez-vous la responsabilité ?

Oui. J’ai dit à mes joueurs que les Argentins visaient une place en finale et qu’ils s’étaient préparés à disputer sept matches. Il fallait donc s’attendre à ce qu’ils mettent la pédale douce pour leur première sortie. Quand nous avons vu la panique dans leurs regards, nous avons compris que nous pouvions gagner. Même réduits à neuf, nous n’avons jamais perdu le fil du match.

Votre victoire sur la Colombie (2:1) en huitième de finale est restée célèbre à cause du but de Roger Milla. Votre attaquant avait subtilisé le ballon à René Higuita, alors que celui-ci s’était aventuré en dehors de sa surface de réparation. Vous attendiez-vous à ce que le Colombien tente un geste de ce genre ?

Vous n’allez peut-être pas me croire mais, avant le match, Roger m’a dit : « Ce type-là, je vais le punir ». Il connaissait le style de Higuita et il a attendu que l’occasion se présente. C’est une preuve de plus de son génie. Pour moi, il fait partie des plus grands joueurs de tous les temps.

Vous êtes passé tout près d’un nouvel exploit face à l’Angleterre, en quart de finale. Que vous a-t-il manqué pour l’emporter ?

Les regrets nés de ce match me poursuivront toute ma vie. C’est comme un couteau enfoncé dans mon cœur. Je pense que je suis le premier à blâmer. Quand nous menions 2:1, je n’ai pas réussi à faire comprendre aux joueurs qu’il fallait temporiser et cesser d’attaquer à tout-va. Les Camerounais étaient très portés sur l’offensive ; en revanche, ils n’aimaient pas trop défendre. Nos défenseurs centraux n’étaient pas très rapides et Lineker a exploité cette faiblesse à deux reprises. Nous aurions dû faire preuve de plus de retenue et réduire les espaces.

Le Sénégal a réédité votre performance en 2002, tout comme le Ghana en 2010. Mais jusqu’à présent, aucune équipe africaine n’a réussi à atteindre les demi-finales. Comment cela se fait-il ?

Le talent des footballeurs africains ne fait aucun doute. Je ne veux pas me vanter, mais il y avait 11 professionnels dans mon équipe et un seul évoluait en première division d’un championnat européen. Les autres étaient amateurs. Depuis, le niveau a énormément progressé et aujourd’hui, les Africains sont partout. Pourtant, il manque toujours quelque chose. La rigueur, probablement.

La performance du Cameroun en Italie tient-elle du miracle ?

Non. Le potentiel des équipes africaines est largement supérieur aux résultats obtenus jusqu’à présent.

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