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La Côte d’Ivoire championne d’Afrique; Un exemple de reconstruction habile

La Côte d'Ivoire championne d'Afrique; Un exemple de reconstruction habile

Comprendre un processus de reconstruction grâce à un spécialiste.

« Reconstruction ». Ce mot revient très souvent après les échecs des sélections africaines de football aux compétitions internationales. Seulement, l’on constate, que chaque nation s’y prend à sa manière quand elle souhaite apporter des changements dans son équipe nationale.

Le Cameroun a opté pour une reconstruction brutale, radicale, tandis que la Côte d’Ivoire de son côté a fait le choix de mettre la pédale douce et d’aller de façon progressive, un exemple érigé en cas de d’école. D’où l’analyse faite par le docteur Sylvain Alain Monkam Tchokonte, ex préparateur physique des Lions Indomptables et instructeur Fifa en préparation physique de cette équipe. Par une étude pointue et imagée, l’expert camerounais nous fait revivre l’échec des Eléphants en coupe du monde, Brésil 2014 et relève les réajustements qui ont conduit le pays au sacre finale à la 30ème phase finale de coupe d’Afrique.

La Côte d’Ivoire de Lamouchi à Renard, une transition consensuelle…

Bravo  à la Cote d’Ivoire. Etait-elle moins forte à l’arrivée d’Hervé Renard, il y a 6 mois? Non. Elle a juste donné une nouvelle dynamique à son processus de reconstruction, avec un projet de développement clairement défini pour sa Sélection Nationale. Elle s’est imposée une transition habile, qui s’appuyait sur un projet technique de jeu et sur des objectifs formellement identifiés, relatifs à la dynamique du groupe et surtout à la reconquête de l’image de la Sélection.

Le « traumatisme » né de l’élimination de la Sélection dès le premier tour de la Coupe du monde au Brésil avait laissé un impact profond au sein de l’équipe. Entre le pitoyable épisode des grévistes d’entraînement et des inqualifiables invectives de la réclamation des primes, l’équipe Ivoirienne avait intégralement brouillé son image. Elle avait abîmé la réputation de son football et piétiné l’« opération rédemption » amorcée sous l’ère Sabri Lamouchi.

Les dérapages de certains joueurs et dirigeants avaient engendré une désunion profonde de l’opinion publique, qui n’hésitait pas à conspuer ses joueurs. Ceci a abouti à la retraite par anticipation du capitaine emblématique des Eléphants, Didier Drogba, à la mise à l’écart « disciplinaire » de certains joueurs par des « bureaucrates du football » irresponsables et surtout à la démission courageuse de l’entraîneur.

Du charisme de l’entraîneur à la réelle volonté des dirigeants fédéraux

L’autorité d’un entraîneur est souvent fragile, particulièrement dans des grands clubs. Face à de grands joueurs, la force de l’entraîneur dans ce cas de figure repose inéluctablement sur son palmarès, ses résultats, ses séances d’entraînement. Elle tient aussi et surtout à son prestige et à son charisme. Un vestiaire est une cage aux lions où les joueurs éprouvent et testent le dompteur. Les joueurs comme les enfants sentent s’ils existent de la friture sur la ligne et ils en profitent. Au vestiaire, on doit avoir un homme de caractère, utile pour souder le vestiaire, gérer le côté humain en prenant en compte à la fois le droit d’aînesse et le leader technique.

Qu’a t-il fait Herve Renard?

Renard herve can 2015

Hervé Renard est également convaincu, qu’une bonne reconstruction de l’équipe passe par la qualité du jeu. Pour retrouver l’autorité qui a fait enchaîner les victoires de par le passé, il va batailler afin que chaque joueur s’engage pleinement dans la conquête des titres. L’exemplarité et l’investissement des cadres, obligeraient inéluctablement les jeunes à les rejoindre sans relâche. Les jeunes quant à eux, ne doivent pas se contenter d’être jeunes et se dire qu’ils ont le temps pour y arriver.

Il était également primordial pour Renard de présenter, d’expliquer, d’échanger et de partager avec son Staff technique et ses joueurs, son projet technique pour pouvoir avancer. « Je bâtirai mon équipe sur la base défensive. Il faudra reconstruire un système défensif différent de celle de la coupe du monde. Faire de bon choix et avoir une complémentarité parfaite pour être efficace ». Il a mis en place une stratégie de jeu qui s’appuie sur un schéma à trois défenseurs avec Didier Zokora et Kolo Touré (33 ans chacun) pour stabiliser la défense. Il veut pratiquer un style de jeu différent et prend dans les joueurs utiles à la mise en place de sa vision du jeu.

Cette démarche atteste qu’il est aujourd’hui improbable au haut-niveau, pour un sélectionneur de pouvoir travailler « seul », décider de tout, sans que personne du staff ou des joueurs, sache quel est le cap, quels dispositifs tactiques il veut mettre en place et même quel est le contenu de la séance d’entraînement. Hervé Renard a une vision du jeu de son équipe et un cadre de travail suffisamment opérationnel pour que les joueurs se l’approprient. Il a  construit son projet en s’appuyant sur des joueurs cadres tels que Yaya Touré, Gervinho, Barry Copa…, et a exigé le retour des « bannis » Didier Zokora et Kolo Touré. Il leurs donne beaucoup de libertés dans l’orientation du jeu de l’équipe et met en exergue leur expérience et leur détermination. Il s’appuie sur eux pour préserver l’intelligence collective et la capacité de l’équipe à se prendre en main.

Reconstruire, c’est réaliser un mixage bénéfique

De ce nouveau cycle et sans changer fondamentalement le groupe (Il a même insisté pour faire revenir l’emblématique Didier Drogba sans succès), Hervé Renard a adroitement voulu tourner la page de la « génération dorée », toujours favorite mais jamais gagnante, pour renouveler progressivement son effectif. Pour préparer la CAN, il s’est abstenu de procéder par une ablation totale de l’équipe précédente. S’appuyant sur son projet sportif, il a donné du temps de jeu à plusieurs jeunes joueurs pour les aguerrir et les intégrer progressivement en fonction de leurs performances, (Serge Aurier (22 ans), Tallo Gadji Junior (22 ans), Mandé Saybou (21 ans) Akpa Akro (22 ans), Ismaël Diomandé (22 ans), Wilfried Kanon (21 ans), Doukouré Cheich (22 ans). Cela a permis au sélectionneur d’élargir la palette de choix, en s’assurant qu’il ne dénature pas l’équipe et le groupe. L’idée de créer un mixage entre anciens et jeunes nouveaux se présentant comme la meilleure solution, un moyen de faire naître un dynamisme bénéfique à la reconstruction de l’équipe.

À quel rythme doit-on renouveler une sélection ?

Il faut dire que la performance finale de la Côte d’Ivoire à la CAN n’est pas anodine. En effet, les joueurs qui ont été intégrés au groupe se connaissent, ou sont en capacité de s’intégrer sur le plan mental. Leur force était, que les remplaçants étaient sensiblement du niveau des titulaires. Il y avait peu de différence de  performances lors des remplacements notamment du gardien en finale. Ce qui montre clairement, que les joueurs retenus en équipe nationale doivent être les meilleurs à leur poste. Ils doivent également être les joueurs les plus en forme du moment. Ils ne peuvent dans cette optique pas être blessés, à moins d’être de la trempe de Samuel Eto’o ou de Yaya Touré. Aujourd’hui, quand il faut intégrer de façon « brutale » les jeunes, c’est  du quitte ou double. En effet, ils sont capables du meilleur comme du pire. L’équipe nationale étant le plus haut niveau du football mondial, il faut tenir également compte du niveau du championnat dans lequel il joue et de leur temps de jeu.

Dans une reconstruction, les cadres  doivent être des piliers sur lesquels on pourra installer la performance.  Plus ils seront solides, plus les jeunes pourront apporter leur pierre sans  être surexploités et sur-responsabilisés comme c’est souvent le cas dans certaines équipes. Les questions que nous nous posons sont celles de savoir à quel rythme le sélectionneur doit pouvoir ouvrir son groupe ou protéger son noyau dur ? Y a-t-il des règles à respecter pour optimiser les chances de performance rapide de l’équipe ? Nous sommes allés analyser la gestion des sélections européennes récemment titrées, qui nous livrent quelques indications.

Nous avons relevé, que les grandes sélections nationales sacrées ces dernières années n’ont jamais changé plus de dix joueurs de leur effectif lors des compétitions séparées de deux années. Ainsi, la Nationalmannschaft championne du monde en 2014 était à sept éléments près, la même équipe que celle demi-finaliste de l’Euro 2012. Il y a eu moins de mouvements observés dans certaines autres Sélections, à l’image de la France de l’Euro 2000, avec 4 nouveaux joueurs (Wiltord, Ramé et Micoud), intégrés dans le groupe par rapport à l’équipe de la Coupe du Monde 1998. L’Espagne de 2012, n’avait intégrée que 5 nouveaux joueurs par rapport à l’équipe de 2010 (Azpilicueta, Cazorla, Jordi Alba, Monreal, et Soldado). Ces infimes changements effectués dans ces deux Sélections peuvent s’expliquer notamment par le fait, qu’elles venaient d’être titrées et ne voyaient aucun intérêt à modifier fondamentalement le groupe.

D’autres sélectionneurs ont fait preuve de beaucoup moins de retenue et ont beaucoup tenté. C’est ainsi que Didier Deschamps a convoqué entre 2012 et 2014, vingt-six joueurs qui n’ont finalement pas été convoqués au Mondial 2014. En Allemagne, même s’il avait déjà constitué une colonne vertébrale de la Nationalmannschaft, Joachim Löw a sélectionné sur cette même période 35 joueurs, qui finalement n’ont pas été retenus pour le Mondial. On constate tout de même que toutes ces équipes abordent les compétitions avec des automatismes et un vécu commun.

D’autres Sélectionneurs font le choix de l’esprit de groupe au talent individuel des joueurs. C’est ainsi qu’à l’Euro 1996, l’équipe de France avec Aimé Jacquet, avait mis à l’écart du groupe David Ginola et Éric Cantona. Un choix au final payant pour la bande à Zidane. En Espagne, le Sélectionneur Aragones s’était également séparé de Raul avant l’Euro 2008, pour laisser s’épanouir une nouvelle génération de jeunes joueurs avec notamment Villa et Torres en attaque. En Coupe du Monde 2014, Didier Deschamps en a fait de même en privilégiant l’esprit de groupe à une individualité aussi talentueuse et performante que Samir Nasri. On constate tout de même dans ce dernier cas de figure, que les joueurs écartés de la Sélection ne sont jamais aussi nombreux. On peut ainsi penser qu’écarter un nombre important de joueurs talentueux d’un groupe pour des raisons extra-sportives ne semble pas être une bonne idée.

Ces exemples montrent certainement qu’une reconstruction faite de manière intelligente et progressive, qui ne remet pas en question les fondements et l’équilibre du groupe sur les plans techniques et tactiques, au niveau de la maturité et de l’expérience ainsi que sur le bien vivre ensemble conduit à des résultats certains. L’incursion progressive et sage de jeunes joueurs, ne doit ni dégrader le groupe, ni « détruire » les joueurs eux-mêmes. Les risques sont importants et les résultats souvent décevants quand tout n’est pas fait dans le bon ordre. Les Lions Indomptables peuvent être cités en exemple dans ce cas de figure.

MONKAM TCHOKONTE Sylvain Alain
Ph.D. in sports sciences
FIFA Instructor in Fitness training
Assistant coach in charge of  Fitness training

BEES II Specialty Soccer for French Soccer Association

1 Comment

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  1. jean mimbang

    23 février 2015 at 12 h 50 min

    Sans retirer le mérite qu’ils ont eu au moins de se battre pour leur équipe
    il faut aussi reconnaître que L’A.J.C.R.C (l’Association de joueurs Camerounais à la recherche de contrats) plus l’anormalisation à la tête de cette constipée Fecafoot ont sacrément aidés cette équipe de Cçote D’ivoire

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