Thomas Libiih : « En 1990, le discours du Ministre nous avait ramenés un peu en arrière »


Thomas Libiih, comme beaucoup d’anciens joueurs de sa génération, n’oubliera jamais l’épopée des Lions indomptables en 1990, à la Coupe du Monde en Italie. Pas seulement parce que les Lions avaient réalisé l’exploit d’atteindre les quarts de finale, une première pour une nation africaine mais aussi à cause des scènes surréalistes vécues par le groupe camerounais. Aujourd’hui coach des Lions U17 tout juste auréolés du titre de champion d’Afrique, l’ancien joueur du Diamant de Yaoundé a tiré beaucoup de leçons de sa grande carrière de footballeur. Ses anecdotes les plus marquantes, nous avons réussi à les arracher pour vous, au cours d’un entretien qu’il a bien voulu nous accordé.

Bonjour coach

Bonjour

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Thomas Libiih, ancien Lion indomptable et actuel sélectionneur des Lions Indomptables U17.

Est-ce qu’il y a des joueurs qui vous ont particulièrement posé des problèmes pendant votre carrière ?

Quand j’étais joueur de Diamant de Yaoundé, capitaine et défenseur central, on avait Georges Weah, on avait François Omam Biyick, les Salah Mensah, Misse Missi qui était dans le Canon de Yaoundé… C’est vrai qu’aujourd’hui, les noms ne nous reviennent plus beaucoup. On a quand même eu beaucoup de joueurs de qualité dans notre championnat qu’aujourd’hui peut-être, nous avons oublié les noms.

Quel est le joueur le plus méchant que vous avez connu ?

On avait un joueur à PWD de Bamenda dont j’oublie le nom. On avait des joueurs comme Benjamin Massing qui était un véritable défenseur, on avait les Bilamo, qui était dans le Tonnerre. Là, c’étaient des aînés qu’on redoutait à chaque fois qu’on devait les affronter. C’était des gros morceaux. Ce n’était pas facile mais on a appris d’eux pour être ce que nous avons été par le passé.

Et le joueur le plus drôle que vous avez connu ?

Parmi les jeunes qui sont arrivés après nous en sélection, on avait Rigo (Rigobert Song, NDLR) qui était un joueur spécial. On ne savait même pas quand il se fâchait, de quel côté il était. Il mettait toujours le feu à tous les niveaux, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’équipe.

Quel est le moment où vous vous êtes senti le plus fort pendant votre carrière ?

Le moment où je me suis senti le plus fort, c’est quand on revient de la Coupe d’Afrique en 1988 au Maroc. C’est là où je me suis senti un peu moi-même. Je doutais un tout petit peu : est-ce que ça allait se faire ? Est-ce que ça n’allait pas se faire ? Mais le conseil que tout le monde me donnait, c’est que je pouvais aller plus loin. Donc, à ce moment-là, je me suis engagé à 100% pour pouvoir pousser un tout petit peu    vers l’avant.

Quel est le moment ou la rencontre qui a changé votre carrière ?

Ça ne peut qu’être la Coupe du Monde en 1990 où en principe, à la sortie de là, je pense que je n’étais plus la même personne.

Avez-vous des regrets ?

Non ! Au contraire, je pense que quand on se sacrifie dans la vie et qu’on a choisi un métier qui vous a permis de rencontrer ceux que vous avez vus hier à la télé, rencontrer de très grands joueurs, rencontrer de grands hommes qu’on espérait pas un jour rencontrer, entrer là où on ne rêvait pas un jour entrer, on ne peut pas regretter.

Quelle est la plus grosse fête à laquelle vous avez assisté après un match ?

C’est bien la réception au Palais de l’Unité après le retour de  la Coupe du Monde en 1990.

Quelle est la plus grosse dispute dans les vestiaires dont vous vous souvenez ?

C’était lors d’un match au Sénégal en 1992, je pense. C’était allé dans tous les sens. Quand j’ai vu les grands frères comme  Kunde…, sortir de leurs gonds, je me suis dit : là, c’est grave. Pour quelqu’un qui ne dit jamais rien, je pense que c’était un peu poussé. Les sénégalais nous avait un peu poussés à bout et avant le match, la tension est allée un peu loin et ça n’a pas été facile.

Quelle est l’anecdote de votre carrière que vous n’avez jamais racontée ?

Il y en a plusieurs mais quelques fois, on préfère les garder dans l’antichambre.

Donc là, vous préférez les garder encore ?

Oui (rire…)

L’arbitre que vous appréciiez le plus pendant votre carrière ?

Le nom m’échappe. C’est même quelqu’un qui n’a même pas arbitré nos matches. Au niveau local, peut-être Djifendji Marcel.

Quel souvenir gardez-vous de l’arbitre qui était aux commandes de votre match contre l’Angleterre en Coupe du Monde 90 ?

C’est vrai que dans ce match, on peut le gagner. Mais l’arbitre se trompe un peu sur un coup. Je pense que les deux penaltys n’avaient pas raison d’être. C’est pour ça qu’à la fin du match, je ne change pas mon maillot parce que j’étais un peu choqué par rapport à ça, j’étais un peu choqué parce que je ne pensais pas qu’on sortirait de cette compétition, parce que nous étions forts, nous étions vraiment plus forts que tout le monde. Je crois que le discours du Ministre nous avait ramené un peu en arrière. Déjà, on avait fait nos sacs avant d’aller au stade, parce qu’on nous devait déjà beaucoup d’argent comme le disait le fameux discours. Au stade, même quand on marque le but, on se regarde et on se pose la question de savoir : est-ce que nous allons encore passer une semaine dans ce pays. Il y a trop de choses qui se sont passées mais il y en a trop aussi qu’on ne pas dire parce que vous dites, les gens sont indexés et on trouve que ce n’est pas normal. Mais je pense quand même que sans l’arbitre sur ce match, on pouvait passer.

Quel est le meilleur entraineur que vous avez connu ?

Ils sont nombreux. Mais pour moi, je dirais Claude Le Roy. C’est lui qui nous a sortis de nos ténèbres parce que moi, je jouais dans une petite équipe. Je n’ai pas fait des catégories inférieures, je me suis retrouvé directement en équipe nationale A. C’était un peu la grosse surprise, les gens se sont posé beaucoup de questions. Mais je pense qu’il m’avait suivi pendant un bon bout et quand il m’a appelé au sein de l’équipe nationale, il m’a dit : monsieur, vous n’êtes pas là pour vos beaux yeux, vous devez vous battre. Vous n’êtes pas ici pour une balade de santé. Donc, je me suis dit : Qu’est-ce qui se passe ? Venu avec les Kana Biyick et bien d’autres d’un même club, quand je lui ai posé la question, il m’a dit : on est frères mais chacun se bat pour sa vie.

Quel a été votre stade préféré tout au long de votre carrière ?

Le stade militaire. C’était le seul stade qui pouvait avoir au moins du sable. C’est là où j’ai commencé, c’est là où j’ai terminé.

Et votre idole ?

J’avais deux joueurs. Quand j’étais plus jeune, c’était le Général Ndoumbe Lea parce que je voulais jouer comme lui. Et après, quand je suis passé au milieu de terrain, c’était Kunde Emmanuel.

Est-ce que vous avez eu un mentor ?

Je pense que j’ai eu des ainés comme Jean-Louis Mama et Nke Dieudonné avec qui on habitait le même quartier qui m’ont encouragé. J’étais pour eux comme un jeune joueur, toujours très docile qui était toujours à leurs pieds, je recevais des consignes d’eux à tout moment. Je pense qu’ils ont été pour beaucoup dans ma carrière.

Par la Rédaction

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

Rang PaysPts
1Maroc11pts
2Cameroun11pts
3Malawi5pts
4Comore5pts