Nouhou Moussa (Directeur Sportif Coton Sport): « C’est la pire des saisons qu’organise la LFPC»


C’est avec de grandes ambitions que Coton Sport de Garoua a établi ses quartiers à Yaoundé en vue des play-offs. Si défendre son titre de champion du Cameroun est un objectif majeur, il n’en demeure moins que la Coupe du Cameroun soit dans le viseur, question de réaliser un doublé et davantage matérialiser sa suprématie sur le football camerounais. Entre difficultés administratives et sportives, le club phare du septentrion a su rester debout, avec une projection tournée vers l’avenir. C’est l’essentiel à retenir de l’entretien que nous a accordé Nouhou Moussa Directeur Sportif du club.

Quel bilan faites-vous de cette première phase du championnat ?

« Le bilan on peut dire qu’il est positif, nous avons terminé premier de notre poule. Mais ce n’est pas ça le plus important car la nouvelle formule du championnat n’est pas du tout favorable à une équipe comme Coton Sport de Garoua qui est à mille kilomètres des autres équipes. Vous vous imaginez la difficulté et l’état des routes, surtout l’accès N’Gaoundéré-Garoua; et lorsqu’il faut la faire huit fois en aller et retour, vous imaginez ce que ça fait, et nous voilà encore sous une autre forme de championnat »

Qu’avez-vous rencontré comme difficultés sur le plan administratif cette saison ?

« Administrativement, nous avons rencontré certaines difficultés avec la Fecafoot surtout sur la libération de certains joueurs, nous avons dû renvoyer une de nos recrues au Tchad parce qu’il n’a pas pu jouer, pourtant nous avions son  CIT et sa licence établie.

Pourquoi avez-vous été contraint de renvoyer Masra Yannick puisqu’il s’agit de lui ?

« Paraît-il Masra Yannick avait deux CIT et nous n’avons pas pû l’utiliser. Union de Douala qui était en litige avec nous ne l’a non plus utilisé, Gazelle de N’Djamena le club qui nous l’avait cédé ne l’a non plus utilisé, encore moins l’équipe nationale du Tchad. C’est un joueur aujourd’hui qui risque être en vadrouille et ça nous fait mal car nous sommes là pour la promotion des jeunes et le voir dans cette situation nous agace vraiment. Outre son cas le reste est revenu à l’ordre »

Les difficultés liées à la route sont également un avantage pour vous à domicile n’est-ce pas ?

« Je vous ai évoqué d’entrée de jeu ce sempiternel problème de route qui n’est pas du tout évident pour nous, et c’est les difficultés que rencontrent aussi les autres équipes quand elles viennent au Nord. On devrait se poser la question de savoir pourquoi toutes les équipes qui viennent au Nord perdent leur match, c’est en majeure partie dû à ce problème de route. Nous au moins en faisant cette route on se bat à faire des matchs nuls, on accuse environ deux défaites seulement à l’extérieur. Donc c’est une grosse difficulté que de faire en permanence cette route »

Pensez-vous avoir fait un bon recrutement cette saison ?

« Je ne pense pas qu’on puisse dire que Coton n’a pas fait un bon recrutement, surtout sur les cas Aboubakar Konaté et Sibirou Arnaud et Tchuenté. Je peux également citer notre transfuge de Tanopira au Nigeria qui est revenu, en la personne de Djondang. Notre position au classement à la fin de la première phase du championnat le prouve à suffisance »

Avec quelles ambitions vous engagez-vous dans ces play-offs ?

« Nous sommes venus jouer ces play-offs avec l’ambition de conserver notre titre, et nous allons tout faire pour que cela soit fait. Mais il faut noter honnêtement que c’est la pire des saisons que la LFPC est en train d’organiser. Je prendrais en exemple notre premier match des play-offs face à Feutcheu. Nous quittions Garoua pour jouer le dimanche, mais c’est en chemin qu’on apprend qu’on joue le Lundi. Et c’est également en chemin qu’on apprend qu’on va également jouer les matchs de Coupe du Cameroun probablement contre une équipe de Ngaoundéré. Imaginez donc la gymnastique qu’on doit faire, en plus de se prendre en charge intégralement ici ainsi que tout l’effectif. »

Que reprochez-vous principalement dans l’organisme de ces play-offs ?

« Je pense que pour une organisation des play-offs qui se jouent en délocalisation, on devait au moins mettre des terrains d’entraînement à notre disposition. Mais rien n’est fait, chaque équipe étant obligé de se débrouiller pour trouver un terrain d’entraînement. Ce n’est vraiment pas une bonne organisation et s’il fallait refaire, alors ça ne vaudrait pas la peine. Quand on organise par exemple une coupe d’Afrique, il y a des terrains d’entraînement prévus pour les équipes, ce qui n’est pas le cas, encore moins pour nous qui avons choisi de nous délocaliser sur Yaoundé »

Qu’en est-il du cas Ndoumbe Bosso depuis son recrutement ?

« Le cas Ndoumbe Bosso était coincé au niveau de la finalisation, mais les deux parties à savoir Coton Sport de Garoua et YOSA ont fini par trouver un accord et aujourd’hui le coach Ndoumbe Bosso peut aisément être sur le banc de touche »

Être Champion du Cameroun passe absolument et obligatoirement par des victoires à l’extérieur n’est-ce pas ?

« Il va de soi car s’il faille être champion du Cameroun,  nous devons gagner cinq matches à l’extérieur pour l’être. Nous nous sommes délocalisés à Yaoundé et ce n’est pas pour jouer les figurants »

Quel adversaire redoutez-vous dans ces play-offs ?

« Heureusement pour nous, on a déjà gagné notre premier match face à Feutcheu FC. On n’a pas eu à rencontrer UMS de Loum car nous n’étions pas dans la même poule, mais l’équipe pour nous qui a un bon timing, un bon fond de jeu c’est Dragon. C’est vrai qu’ils ont perdu d’entrée face à UMS, mais pour nous, c’est une bonne équipe qui a un bon fond de jeu. Les autres équipes, nous ne les connaissons pas beaucoup car nous n’étions pas dans la même poule »

Pensez-vous déjà à étoffer votre effectif pour la saison prochaine ?

« Même si Coton ne termine pas champion, il est important qu’on étoffe notre équipe, l’effectif actuel ne scie pas totalement à nos objectifs. Nous allons le remodeler et comme notre objectif est déjà de jouer la Ligue des champions, quel que soit le cas nous allons renforcer l’équipe »

Doit-on imaginer aussi que la coupe du Cameroun fasse partie de vos objectifs ?

« C’est également une priorité car nous avons un doublé à faire et c’est aussi le but de notre délocalisation. Les clubs sont vraiment bousculés, compte tenu du calendrier CAF qu’il faut absolument respecter au détriment même peut être de la qualité du jeu. Les matchs s’enchaînent à des intervalles de jours relativement courts, et c’est vraiment pénible. En réalité quand on s’organisera mieux, on se prépare mieux, et c’est bien fait. Mais quand tout est au jour le jour, ça devient très compliqué et ce sont les clubs qui payent le prix fort »

Quelle appréciation faites-vous de cette formule expérimentale du championnat ?

« Espérons que c’est une expérimentation unique, et on peut peut-être comprendre que c’était pour rattraper le calendrier international. Mais sinon, ce n’est pas une bonne formule, surtout pour une équipe comme le Coton Sport. Je ne sais pas ce qu’il en est pour d’autres équipes, en réalité ceux qui s’asseyent ici à Yaoundé pour décider ne s’imaginent pas les difficultés auxquelles nous faisons face. Quand il faut quitter de Garoua pour deux ou trois journées, ce n’est pas moins de 3.000.000 FCFA et ce n’est pas n’importe quelle équipe qui peut supporter cette lourde charge. Si ce système se perpétue, d’ici deux ans même Coton Sport n’existera plus. Donc pratiquement le Grand Nord sera exclu du championnat. Il faut donc tenir compte de tous ces paramètres avant de prendre certaines décisions qui engagent l’ensemble du triangle national »

Comment comprendre l’absence de Coton sur la scène internationale aujourd’hui contrairement à avant ?

« Nous ne pouvons pas comparer les époques. La période où Coton Sport a fait les finales de Ligue des champions et coupe des confédérations, c’était un effectif d’au moins six à sept ans ensemble, contrairement à cette période où l’effectif se fait au jour le jour, donc ce n’est pas un problème de mayonnaise qui n’a pas pris. En plus, il y a le problème de moyens financiers. Je vous prendrais en exemple, notre déplacement pour le Ghana face à Ashanti Tokoto, la recette du match avoisinait les 400.000.000 FCFA bien que Ashanti avait gagné son match aller ici à Yaoundé, ce qui est pratiquement le budget de Coton Sport d’une saison. Nous sommes allés en Egypte, rien que les panneaux publicitaires à l’intérieur du stade seulement disent-ils, leur rapportent près de deux milliards par an, sans évoquer les recettes de stades, les droits TV, les gadgets et autres. Vous-mêmes voyez le gap lorsque vous vous confrontez à ce type d’équipes. Vous voyez que lorsque nous avons rencontré l’équipe du Burkina dont le budget est relativement égal au notre, nous sommes passés. Il faut mettre en exergue ce paramètre financier pour comprendre. L’époque où le Coton Sport allait très loin dans ces compétitions, le budget avoisinait les un milliard, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui »

Est-ce qu’une fois les infrastructures en construction terminé le problème de recette sera résolu ?

« J’irais contre car dans la ville de Garoua seule il y a sept stades, pour quoi en faire ? Il n’y a qu’une seule équipe en première division a Garoua et vous convenez avec moi lorsque j’interpelais les décideurs à réfléchir avant de poser un acte. On aurait pu construire ces stades dans d’autres localités pour permettre qu’il y ait un épanouissement et permettre à ces autres communes à développer le sport. Le stade de Coton Sport, le stade municipal et le Roumde Adja sont largement suffisants pour le Coton Sport. Ces stades ont été rénovés, donc la question de recette ne se pose pas, mais aucune équipe au Nord qui n’est gérée par une structure comme la Sodecoton ne peut respecter les exigences de la première et deuxième division. La preuve, depuis quelques années, Coton Sport est la seule équipe, il n’y en a pas une autre même en élite two. Qu’on se pose de bonnes questions avant de prendre des décisions »

Et sur le plan sportif, que faut-il améliorer pour que Coton revienne sur la scène internationale ?

« L’autre détail sur le plan sportif : lorsque le championnat camerounais commence, les autres sont à la 14e où 15e journée. L’équipe du Burkina était par exemple à la 15e journée, en Egypte ils étaient à la 13e journée, au Ghana ils devaient être à la 9e journée, alors que nous n’avions même pas encore commencé. On se contentait de quelques matchs amicaux. Ce n’est pas évident pour les clubs Camerounais. Et si rien n’est fait, ce sera le même scénario chaque année »

Par Sylvain Kwambi

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

Rang PaysPts
1Maroc11pts
2Cameroun11pts
3Malawi5pts
4Comore5pts